Kinshasa face à la soif : le paradoxe d’une ville au bord du fleuve Congo
La situation de l’eau dans la ville-province de Kinshasa est devenue alarmante. Dans une métropole traversée par le majestueux fleuve Congo et entourée de multiples rivières, le manque d’eau potable est un paradoxe insupportable. Aujourd’hui, les robinets, autrefois symboles d’un service public essentiel, ne sont plus que des échantillons d’un passé révolu. Dans la majorité des quartiers, l’eau ne coule plus ou ne le fait que tard dans la nuit, forçant les habitants à affronter l’insécurité pour puiser quelques litres indispensables à leur survie.
Cette situation macabre traduit la défaillance d’un système de gestion devenu obsolète. La Régie de Distribution d’Eau (REGIDESO), pourtant chargée d’assurer ce service vital, peine à répondre à la demande croissante d’une population estimée à plus de quinze millions d’habitants. Les infrastructures sont vieillissantes, la maintenance quasi inexistante, et les extensions de réseau demeurent insuffisantes face à l’expansion rapide de la ville. Résultat : seuls quelques privilégiés ont encore accès à une eau de qualité acceptable, tandis que la majorité se contente d’une eau de source ou de forage, souvent impropre à la consommation.
Les conséquences de cette crise sont multiples: propagation de maladies hydriques telles que le choléra et la typhoïde, baisse de la qualité de vie, perte de productivité et désespoir d’une population déjà confrontée à des difficultés économiques. Ce manque d’eau ne devrait pourtant pas exister dans un pays aussi riche en ressources hydriques que la République Démocratique du Congo. Le fleuve Congo, deuxième plus grand fleuve du monde par son débit, traverse Kinshasa sans réellement servir à l’approvisionnement en eau potable. C’est là tout le drame : l’abondance naturelle contraste cruellement avec la misère humaine.
Face à cette crise, il est impératif que des solutions concrètes et durables soient mises en place. D’abord, l’État doit entreprendre une réforme en profondeur de la REGIDESO, en la dotant de moyens techniques et financiers suffisants pour moderniser ses infrastructures. La réhabilitation des usines de traitement d’eau, la réparation des canalisations défectueuses et l’extension du réseau de distribution doivent devenir des priorités nationales. Ensuite, la diversification des sources d’approvisionnement, notamment à travers la mise en place de mini-stations de traitement d’eau dans les communes périphériques, pourrait soulager la pression sur le réseau principal.
Par ailleurs, le gouvernement doit encourager les partenariats public-privé pour attirer les investissements dans le secteur de l’eau. L’innovation technologique comme l’utilisation de systèmes solaires pour pomper et purifier l’eau pourrait offrir des solutions adaptées aux réalités locales. Enfin, une campagne nationale de sensibilisation sur la gestion rationnelle de l’eau et l’assainissement des points d’eau communautaires est indispensable pour préserver la santé publique.
Avoir accès à l’eau potable est un droit fondamental, reconnu par les Nations Unies. Le peuple congolais ne devrait pas continuer à vivre dans la soif au milieu de l’abondance. L’actuel président et son gouvernement ont le devoir moral et politique de surmonter cette crise, non seulement à Kinshasa, mais sur l’ensemble du territoire national. Le temps est venu de transformer ce paradoxe en fierté : faire du Congo non pas un pays qui souffre au bord de l’eau, mais une nation qui vit dignement grâce à elle.